La réintroduction du vautour fauve

dans les Baronnies


 

 

 

Disparu de nos montagnes depuis plus d'un siècle, le plus grand des rapaces d'Europe: le Vautour, fait une spectaculaire réapparition dans les Alpes du Sud. Entamé voilà 10 ans à Rémuzat dans les Baronnies, le programme de réintroduction du "Vautour Fauve" connaît un exceptionnel succès et encourage le lancement d'un nouveau projet de réintroduction du 'Vautour Moine", plus rare et plus prestigieux encore. Interview à Rémuzat, de Christian Tessier, le naturaliste employé depuis 10 ans par l'association "Vautours en Baronnies".

Pouvez-vous nous présenter l'association?

Association créée il y a 14 ans. Le but c'est le retour et le suivi de la population de vautours. Association qui regroupe différentes sensibilités de la région, des gens du pays ; il y a les naturalistes à l'origine du projet, des élus, des éleveurs, des chasseurs, des particuliers et ça fonctionne. Tout le monde marche dans le même but. Voilà, les résultats sont là pour le prouver, avec des intérêts différents pour chacune de ces sensibilités.

Pourquoi l'association c'est mis en place, il n'y en avait plus du tout, il y avait un besoin de recréer?

C'est une réintroduction, ce sont des oiseaux qui étaient historiquement présents dans tout le sud est de la France, on peut trouver des témoignages dans des biographies du XIX notamment, avec aussi des témoignages de destruction à l'époque.

- Vautours fauves, on n'a pas de date précise sur la disparition, c'était il y a un siècle ;

- Vautours moines, a subit la déforestation, donc c'est plus ancien ;

- Vautours percnoptère était le dernier à disparaître, puisque le dernier couple était présent dans le massif de Baronnie en 1981. Il est réapparu sans réintroduction après 20 ans d'absence, spontanément.

Le vautour fauve et moine c'est de la réintroduction avec différentes méthodes pour les réintroduire, le vautour percnoptère retour spontané, c'est inespéré de voir cet oiseau réapparaître ici sans que l'on ai besoin de faire quoi que soit. La réintroduction du vautour fauve a joué un rôle attractif évidant dans le retour du vautour percnoptère. .

Le fauve se porte bien ?

Le fauve actuellement c'est environ 150 individus et il y avait en 2006 : 55 reproducteurs, 29 jeunes à l'envol, donc c'est une colonie qui tourne, qui est stable, qui se reproduit normalement. Plus besoin d'autres réintroductions pour le maintien de la population.

Et le moine ?

Pour le moine c'est plus délicat, d'abord c'est récent, on a commencé à réintroduire en 2004. On réintroduit principalement des jeunes oiseaux, quand on sait qu'il faut 3,4 ou 5 ans pour qu'il soit adulte, il faut patienter. Les jeunes vautours comme beaucoup d'espèces on tendance à beaucoup se déplacer, beaucoup bouger tant qu'ils ne sont pas arrivé à l'age adulte. Donc on a beaucoup de déplacements. On a un oiseau en ce moment qui a été réintroduit cet été 2006, qui a été vu sur la montagne de Ste Victoire, après en Camargue et maintenant en pays Basques. Il se promène.

Le Percnoptère revient de temps en temps ?

Le Percnoptère est un oiseau migrateur, donc il n'est pas là en ce moment, mais il revient chaque année à des dates de migration, fin mars. Alors cette année, ils ont échoués leur reproduction.

Il n'y a qu'un seul couple ?

Oui, il y a qu'un seul couple pour l'instant, je dis pour l'instant parce qu'il y a deux oiseaux qui sont observés depuis 2 ans sur la banlieue Sud du Vercors dans le département de la Drôme et cette année nous on a vu également 2 autres percnoptères, on ne sait pas si c'est un couple, qui traînent un peu dans le secteur. On peut espérer dans les années qui viennent qu'il y ait un deuxième couple qui s'installe.

Sur le terrain, que faites vous ?

Dans l'association, il y a différentes facettes dans le travail. Première chose, c'est la réintroduction de ces oiseaux. On utilise 2 méthodes :

- la méthode des volières, qui consiste à garder les oiseaux en captivité, donc des oiseaux récupérer dans des centres de soins. On les garde un certain nombre de mois voir d'années dans ces volières le temps qu'ils s'imprègnent du site. Il se crée des liens entre ces oiseaux et au bout de ce laps de temps, on les libère par petits groupes après les avoir équipés de bagues et d'émetteurs.

- La méthode du taquet. Ca concerne les jeunes oiseaux nés en captivité, dans des parcs zoologiques, ça concerne donc le vautour moine. Ce sont des oiseaux qu'on récupère avant qu'ils ne sachent voler, ils ont 3 mois, le vautour vole à 4 mois, on les place sur un nid en pleine nature, on les nourrit la nuit pour qu'il n'y ait plus de contact avec l'homme. Ces oiseaux vont s'envoler de leur site à l'âge de 4 mois comme si ils étaient nés ici et ils vont resté imprégné du site. Ce qui veut dire qu'arriver à l'age adulte ils devraient normalement se reproduire dans le secteur.

Sur l'environnement, avez-vous des actions, par exemple, implantation d'arbres… ?

Non, on travaille avec différents partenaires, l'ONF justement pour le vautour moine qui niche sur des arbres, l'ONC, d'autres associations de protection de la nature, on a pas d'action sur le milieu naturel. C'est plus un suivi de l'espèce, c'est pas de la protection du milieu. Le milieu naturel ici, on a de la chance est encore préservé, il n'y a pas de mesure de protection, mais il y a peu d'impact sur l'environnement. On a fait une petite action sur le plateau de St Laurent non pas pour planter mais pour couper des arbres. C'est un plateau qui est un milieu naturel, ça n'a pas de rapport direct avec les vautours mais c'est une action qu'on a eue avec les élus et les propriétaires du secteur. En fait tout le monde se dit que les pins sont en train d'envahir, la forêt n'est pas menacée, au contraire, elle n'a jamais été aussi présente, mais ces pins sont en train de coloniser de partout donc les milieux ouverts sont en train de disparaître. Dans les milieux ouverts, c'est là qu'il y a la plus grande biodiversité donc on a éclaircit.

Faites vous des actions en public ?

Oui, on en fait beaucoup, c'est la 2ème facette du travail, on fait beaucoup d'animations de découverte des oiseaux sur le terrain, ça se passe avec des petits groupes de 10 ou 15 personnes maxi, on fournit des jumelles à tout le monde et on part sur le terrain découvrir ces oiseaux et on raconte toutes les anecdotes qu'il peut y avoir autour de cette réintroduction, on a plein de choses à raconter.

Avez-vous des problèmes de maladies ?

Non, ce sont des oiseaux très robustes. Il peut y avoir quelques petits soucis sur les oiseaux en captivité, on a eu un virus sur les pattes, ça leur fait une grosse patte comme si il avait une balle de ping pong sous la peau et c'est un problème qui disparaît dès que l'oiseau est en nature.

Vous n'êtes pas obligé de faire de la régulation ?

Non, dans la nature il n'y a pas de surpopulation dès l'instant où il y a tout ce qu'il faut. La limitation de la colonie on est en train de la vivre, elle est en train de se limiter toute seule. En 2005, on avait 53 couples de reproducteurs, cette année 55, donc on assiste à une stabilisation de l'effectif. Ca se limite tout seul, c'est différents facteurs qui vont limiter la progression de la colonie, c'est la nourriture, les sites de reproduction disponibles, ça limite naturellement sans que l'homme ne soit intervenu.

En parlant de nourriture, il n'y a pas de problème avec la loi sur l'équarrissage ?

Il a fallu être très vigilant, puisque au départ cette loi sur l'équarrissage… ça veut dire faire disparaître l'équarrissage naturelle pour les vautours, il a fallu intervenir avec des grosses structures comme la LPO au niveau national et au niveau européen pour arriver à maintenir cette nourriture accessible pour les vautours. C'est claire que lorsque l'on parle vautour il faut penser pastoralisme, ce sont des oiseaux liés à l'élevage, c'est vrai dans toute l'Europe du sud, comme dans l'Afrique de l'ouest, si il n'y avait pas de troupeaux il n'y aurait pas de vautours.

Justement pas de problème avec les éleveurs ?

Au contraire, tout se passe bien, puisqu'on travaille avec eux, on les débarrasse des cadavres qu'ils peuvent avoir dans leurs entrepôts, c'est un service qui est gratuit pour eux et je crois qu'ils apprécient.

Et pour conclure, l'avenir…

L'avenir, donc vautour moine on a encore un gros travaille à faire pour arriver finalement à réinstaller une population viable du vautour moine, ça risque de prendre pas mal d'années. On a eu en 2006, on a eu une année bien chargée avec le transfert des volières et le nourrissage. Et puis, on n'a pas de projet sur de nouvelles espèces. On essaie de gérer ce qui est en place et ça nous occupe déjà très bien. Il y a un projet pour la réintroduction du gypaète barbu qui doit se mettre en place dans le parc naturel régional du Vercors. Il a été réintroduit dans les Alpes depuis 20 ans, et des gens pense que se serait bien d'étendre la répartition en particuliers sur les pré Alpes et le Vercors s'y prête particulièrement. On pourrait avoir dans la Drome à nouveau les 4 espèces de vautours. On serait la seule région d'Europe à avoir ces espèces. C'est un projet pas sûr encore, il y a une fondation qui travaille sur le gypaète qui décidera des sites où l'espèce pourrait être introduite ou pas (Sardaigne, Massif central ou Vercors).